Carl Gustav JUNG

Le XIXe siècle est sans conteste le tournant de l’Histoire de la Santé mentale grâce aux théories de Sigmund Freud. En revanche, on connaît beaucoup moins bien en France les travaux de son disciple (puis rival) Carl JUNG. Pourtant, ce personnage haut en couleur était un génie !

Donc si cela vous intrigue, vous trouverez ici quelques informations biographiques sur le père de la psychologie analytique.

L’enfance


Carl Gustav JUNG est né le 26 juillet 1875 en Suisse, d’un père pasteur et d’une mère passionnée par l’occultisme. D’abord très proche de son père avec lequel il partage les joies de la nature et de la lecture, il se rapproche finalement de sa mère qui l’effraie et le fascine à la fois par sa personnalité qu’il qualifiera de double.

Celle-ci a une santé fragile (dépression) qui inquiète fortement Jung et qui la contraint à se reposer plusieurs mois dans un hôpital de Bâle. Dans une atmosphère familiale particulière, il mène une enfance solitaire (sa sœur cadette a neuf ans de moins que lui) durant laquelle il s’adonne pendant des heures à l’étude des pierres, aux escapades dans la forêt, il s’invente des jeux aux allures de rituels secrets…

Jung est un enfant à la santé fragile (eczéma, syncopes qu’il analysera comme des somatisations…) curieux, rêveur, probablement surdoué qui très tôt, s’interroge sur les mystères de la vie, des religions, de l’inconscient… Plus tard, il analysera ses souvenirs et les rêves de son enfance et cela lui permettra de poser les premières pierres de ses travaux.

Après une scolarité réussie même si Jung n’aime pas l’école (et surtout ses camarades de collège), il se décide à devenir médecin comme son grand-père dont il porte le nom, vedette de la faculté de médecine de Bâle où Jung commencera ses études (lien transgénérationnel ?). Il sera bouleversé par ses lectures (Goethe, Schopenhauer, Nietzsche…) et par les expériences « surnaturelles » auxquelles il assistera avec sa mère et sa cousine Hélène (spiritisme entre autres) ce qui le convainc très vite que l’âme humaine demeure un mystère bien plus fascinant que l’anatomie et la médecine interne. Il se tourne alors vers la psychiatrie et rentre en 1900 à la clinique du Burghölizli dirigée par le professeur Eugen BLEULER à Zurich.

la rencontre décisive


Ce dernier est un précurseur qui croit en l’écoute et au respect des patients, inspiré par Philippe PINEL, Auguste FOREL, Jean-Martin CHARCOT, Pierre JANET… Ensemble Bleuler et Jung travaillent sur la schizophrénie et Jung publie en 1906 « Psychologie de la démence précoce » qui attire l’attention d’un célèbre médecin admiré par l’auteur : Sigmund FREUD.

Sigmund Freud 1856 – 1936

Après avoir correspondu longuement, Freud et Jung se rencontre en 1907 et ne se quitteront plus jusqu’en 1912, date à laquelle leurs divergences théoriques les séparent.

Ils vivent une relation très passionnelle : Freud voit en Jung un successeur, pouvant promouvoir la psychanalyse en dehors du cercle juif, il devient son mentor. Ils enchaînent ensemble les congrès, les séminaires et les voyages (Amsterdam en 1907, Salzbourg en 1908, les Etats-Unis en 1909) même si des dissonances se font déjà sentir.


Jung va émettre très rapidement des réserves sur la prédominance de la sexualité dans les théories de Freud, et ce dernier s’inquiète du goût de Jung pour l’irrationnel. Ils s’éloignent progressivement.

LA rupture


En 1912, Jung définit le concept d’inconscient collectif, leur vision de l’inconscient est incompatible, c’est la rupture. Jung rentre alors dans une période très sombre (1913-1917) durant laquelle il va écouter ses fantasmes et ses rêves, les analyser, tenter de les coucher sur papier, de les comprendre pour mieux les tenir à distances.

Cette expérience d’introspection douloureuse lui fit craindre la folie mais lui donna une connaissance unique de la psyché humaine : en naquit « le livre rouge », recueil de ses images chaotiques et de leurs analyses, qui ne sera jamais publié de son vivant.


On imagine facilement que cette rupture avec Freud a été terrible pour Jung qui perdait sans doute une figure paternelle en plus d’un mentor. Mais cette période trouble marque le début de son individuation et lui permet d’aller à la rencontre de lui-même.

S’en suivront diverses périodes prolifiques, Jung est sollicité de toute part pour faire découvrir son travail, il voyage durant des mois pour étudier les mœurs des populations primitives (Amérique, Afrique, Indes, Palestine…), il se passionne pour l’ethnologie, les civilisations anciennes et les mythes qui le mèneront progressivement à définir ses grandes théories : l’inconscient collectif, les images archétypiques, l’anima, l’animus…

Jung découvre également la pensée gnostique, le Taoïsme, et enfin l’alchimie qui tout au long de son existence nourriront ses réflexions sur l’âme. Sa carrière est lancée, il partagera son temps entre ses nombreuses rencontres avec des esprits brillants, ses écrits, ses retraites dans sa maison de Bolligen jusqu’à sa mort le 06 juin 1961.

L’homme


Jung semble avoir souffert d’une soif de savoir intarissable ! Très tôt, il s’est posé des questions sur la nature de l’homme, ses actions, ses fonctionnements. De la philosophie à l’alchimie, Jung semble avoir cherché les réponses dans toutes les disciplines envisageables ! Cet homme était définitivement surdoué. Ces capacités intellectuelles (tout comme Freud) semblaient infinies. Il possédait une culture extraordinaire sans laquelle il n’aurait été en mesure de pousser ses réflexions si loin.

Jung confesse dans son autobiographie ” Ma vie” qu’il s’est toujours senti différents des autres et il a visiblement compris très vite qu’il devait se « censurer » pour ne pas être exclu. Il avait conscience qu’il ne pouvait pas aborder tous les sujets, les autres n’ayant pas forcément envie de comprendre ce qui se jouait. On imagine la solitude qu’il a pu ressentir. Cela dit, il chérissait également cette solitude qui lui a permis de poser toutes ces réflexions sur l’homme, la nature, l’univers.

Toutefois, Jung devait être difficile à vivre au quotidien ! Si ce grand homme a réussi à s’harmoniser en ne niant plus ses pulsions et en acceptant son ombre, on comprend en le lisant qu’il avait un rapport aux autres tout à fait particulier. Il le dit d’ailleurs lui-même : « J’ai heurté beaucoup de gens ; car dès que je sentais qu’ils ne me comprenait pas, ils avaient perdu tout intérêt pour moi.(…) Mes malades mis à part, je n’avais pas de patience avec les hommes».

Son mode de vie était également bien particulier. Même s’il ne l’évoque absolument pas dans son autobiographie, sa relation aux femmes n’était pas banale, même plutôt tumultueuse. Il épouse Emma Rauschenbach en février 1903 mais accueille dans son foyer vers 1914 celle qui deviendra sa maitresse officielle Toni Wolff, une jeune femme qu’il a d’abord analysé durant trois ans. Tous trois vivront sous le même toit jusqu’à la mort des deux femmes en 1955 et en 1953. Jung aurait expliqué un jour à ses deux fidèles amies Barbara Hannah et Marie-Louise Von Franz qu’il était primordial pour lui de céder à ces « inclinaisons » pour ne pas « briser l’Eros » de ses quatre filles. Selon lui les frustrations sexuelles du père pouvaient inconsciemment se répercuter sur la vie sexuelle de leur fille… (Barbara Hannah, « Jung, sa vie et son œuvre » 1989).

Je me suis toujours interrogée sur ces capacités que je qualifierais de médiumniques. En effet, il semble doté d’une sensibilité hors du commun lui permettant d’accéder à des informations sur lui-même. Il rapporte des visions, des impressions, des sentiments proches de la clairvoyance. Est-ce parce qu’il aurait atteint un niveau de conscience élevé, accessible à quiconque ou est-il simplement un être extraordinaire ?

Loin de n’être qu’un analyste, je considère Jung comme un sage ! Intelligent, cultivé, sensible, curieux, cet homme a percé les secrets de son inconscient et ce faisant, nous a livré un guide de développement personnel. Il ne s’agit plus uniquement de soigner ses conflits névrotiques mais d’évoluer spirituellement, de s’épanouir en s’individualisant. Est-ce à notre portée à tous ou n’est-ce abordable que par ceux qui partagent ses qualités ? Nous n’aurons la réponse qu’en essayant…

« L’homme à la découverte de son âme » C. Jung. Edition Albin Michel
« Ma vie » C. Jung. Edition Gallimard

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